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La villa Les Oiseaux
Construction : 1886
Accès : 9 quai Giard
Cette belle villa, l'une des plus anciennes de Wimereux, a été le témoin de la grande Histoire de Wimereux au XIXe siècle, de Napoleon 1er à Napoleon 3 en passant par Jacques Boucher de Perthes ou Marie-Leonie Charvin. Le lieu fut successivement un repère de contrebandiers, un poste de douanes, la maison d'une illustre tragédienne, le logement d'officiers allemands... Cette maison aujourd'hui familiale a peu changé d'aspect depuis sa construction en 1886. Elle jouit d'une vue privilégiée sur le Wimereux et sur la mer.

Le port de Wimereux
En 1803, en préparation de son projet d’invasion de l’Angleterre, Napoléon ordonna par décret la fondation d’une ville le long du fleuve le Wimereux et d'un port destiné aux soldats de la grande armée.
Il rassembla une armée de 200 000 hommes autour de Boulogne, et le port de Wimereux abritait 200 navires à la fin de l'année 1804.
Mais le 21 octobre 1805, la défaite de l'amiral Pierre de Villeneuve à Trafalgar se solde par la destruction de la majorité de la flotte de guerre Française, supposée protéger les barges de débarquement en attente sur la côte et notamment à Wimereux.
Ce port ne fut plus utilisé par l'empereur et de plus la situation de son armée à l'est de l'Europe l'obligea à quitter la côte d'Opale.
La Grande Armée dut se diriger vers l'Autriche, qui s'était alliée à la Russie contre la France, et participa à la bataille d'Austerlitz.
Mais le petit port de Wimereux continua son activité. Pendant la guerre avec l’Angleterre, il était le seul de cette côte ouvert aux smogleurs. Face au port fut érigé une enceinte incluant un poste de douanes, une gendarmerie, … et une "ville des smogleurs".

Les Smugglers
Les smogleurs (ou Smugglers) étaient des pêcheurs, organisés en petites sociétés de contrebandiers.
Ils importaient en France de la laine d’Angleterre entre 1700 et 1850, pour contourner les taxes sur l’exportation et améliorer leur train de vie. Ces Smogleurs anglais quittaient ensuite la France avec du vin, des spiritueux et de précieux textiles produits dans les Hauts de France.
Napoléon se trouva mécontent du peu de surveillance exercée sur les smogleurs anglais, et, en 1811, décréta que les ports de Dunkerque et Wimereux devaient être centralisés à Gravelines.
Le trafic ne s’arrêta pas pour autant.
(Le douanier francophone, hors-série n°6, Les smogleurs, Serge Rinkel).
Illustration : Eugene Louis Gabriel Isabey

Jacques Boucher de Perthes
Jacques Boucher de Perthes était un proche de Napoléon. Il exerça la profession de directeur des Douanes mais est surtout connu en tant que préhistorien français.
Il jette les bases de la science préhistorique dont il est considéré comme l'un des fondateurs. Il fut un archéologue passionné par la préhistoire et publia en 1860 "De l'homme antédiluvien et de ses oeuvres". Il écrivit aussi des balades, des romans, des nouvelles. Il possédait une belle collection d'oeuvres d'art ramenés de ses nombreux voyages.
On se souviendra d'une de ses maximes préférées "Il n'y a rien à dédaigner, rien à jeter ; tout vestige devient Histoire."

Port des smogleurs
Jacques Boucher de Perthes fut nommé inspecteur des douanes de Boulogne-sur-Mer en 1811. Il écrivit plusieurs récits, parfois très pittoresques, sur la vie des douanes maritimes.
C'est en 1812, qu'il réalisa ce plan du port des Smogleurs de Wimereux ou l'on peut voir à la lettre "J" le « bâtiment des douanes ».
Il rejoint ensuite Paris comme sous-chef à la direction générale des douanes.

L'emplacement du port
Après ce long préambule, nous arrivons enfin à notre sujet ; la villa « Les oiseaux ».
Sur cette vue du cadastre de Wimereux est positionné le plan du port des smogleurs dessiné par Jacques Boucher de Perthes, à son emplacement le plus probable.
On peut y voir la limite des terrains qui suit le tracé Sud Ouest de l’ancienne enceinte, la courbure du cours du Wimereux qui suit l’enceinte Nord, et le bâtiment « J » du corps de douanes exactement à l’emplacement actuel de la villa « Les oiseaux ».
Nous y reviendrons plus loin.

Plan Wimereux vers 1875
Le 6 août 1840, Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, tenta un coup d'état pour revenir au pouvoir. Venant d'Angleterre il débarqua à Wimereux dans le but de soulever la garnison de Boulogne-sur-Mer.
Ce fut un échec et Louis-Napoléon fut arrêté. Certains des hommes qui l'accompagnaient avaient été fait prisonniers près du corps de garde de Wimereux, probablement à l'emplacement de la Villa Les Oiseaux.
Sur un plan de 1875, le quartier des Smogleurs a disparu mais on voit encore l'emplacement du corps de garde de la douane.

Gustave Mascart
Cette « Vue de Wimereux dans le Pas-de-Calais » de Gustave Mascart (Dit Roberti) montre le bâtiment des douanes vers 1866, soit avant les transformations de Agar et de la famille Rossignol.
La datation est rendue possible car on voit sur la peinture que le viaduc de chemin de fer est en construction (Soit après 1863). L'église, également en construction, a été construite de 1866 à 1868 et consacrée en 1868.
La toile doit dater de 1866.
Gustave MASCART - 1834-1914
Huile sur toile, 65 x 92
signée en bas à droite du pseudonyme ROBERTI.

Marie-Leonide Charvin
Née à Sedan le 18 septembre 1832, Marie-Léonide Charvin, connue sous le nom de scène Agar, est la fille d’un maréchal des logis et de Marie Feruchet. Elle grandit à Vienne, en France, où ses talents précoces pour le chant et le théâtre attirent l’attention du directeur de théâtre Achille Ricourt, qui lui donne ce nom de scène inspiré d’une figure biblique souvent mal comprise ; Agar.
Tragédienne de renom, aussi célèbre que Sarah Bernhardt à son époque, Agar fut admirée notamment par Eugène Delacroix, qui la choisit parfois comme modèle.
En 1877, alors au sommet de sa carrière, elle achète l'ancien corps de douane de Wimereux pour s’y retirer.
Patriote, Agar se distingue en juillet 1870 en déclamant avec ferveur La Marseillaise entre deux actes du Lion Amoureux. Mais c’est un an plus tard, le 6 mai 1871, que son engagement lui vaut une polémique durable : lors d’un concert organisé par le gouvernement de la Commune aux Tuileries, au bénéfice des veuves et orphelins des fédérés, elle accepte de déclamer La Marseillaise sur les conseils de l’administrateur de la Comédie-Française, Édouard Thierry. Ce simple geste humanitaire lui sera reproché. Accusée d’avoir pactisé avec la Commune, Agar est injustement condamnée par l’opinion. Elle se défend simplement : « Je suis partout où je puis être en aide aux malheureux. » Mais la Comédie-Française devient pour elle un lieu invivable, qu’elle quitte en 1872 pour entamer de longues tournées en province.
En 1887, elle sollicite les Palmes académiques, expliquant que cette distinction l’aiderait dans ses représentations à l’étranger. Sa fin de vie s’éloigne du tumulte parisien : elle meurt le 15 août 1891 à Mustapha, quartier d’Alger, où son second mari dirigeait un musée.
Son pseudonyme, Agar, choisi en hommage à la figure biblique d’Agar, résonne avec l’ambiguïté de son destin. Longtemps, les représentations religieuses firent d’Agar une figure de pécheresse, symbole d’une maternité illégitime opposée à l’idéal chrétien incarné par Sarah. Mais à partir du XVIIe siècle, notamment dans les Provinces-Unies protestantes, le regard change : on redécouvre une femme digne de compassion, marquée par l’exil et les épreuves. Une lecture dans laquelle la vie de Marie-Léonide Charvin semble faire écho.
Tragédienne de renom, aussi célèbre que Sarah Bernhardt à son époque, Agar fut admirée notamment par Eugène Delacroix, qui la choisit parfois comme modèle.
En 1877, alors au sommet de sa carrière, elle achète l'ancien corps de douane de Wimereux pour s’y retirer.
Patriote, Agar se distingue en juillet 1870 en déclamant avec ferveur La Marseillaise entre deux actes du Lion Amoureux. Mais c’est un an plus tard, le 6 mai 1871, que son engagement lui vaut une polémique durable : lors d’un concert organisé par le gouvernement de la Commune aux Tuileries, au bénéfice des veuves et orphelins des fédérés, elle accepte de déclamer La Marseillaise sur les conseils de l’administrateur de la Comédie-Française, Édouard Thierry. Ce simple geste humanitaire lui sera reproché. Accusée d’avoir pactisé avec la Commune, Agar est injustement condamnée par l’opinion. Elle se défend simplement : « Je suis partout où je puis être en aide aux malheureux. » Mais la Comédie-Française devient pour elle un lieu invivable, qu’elle quitte en 1872 pour entamer de longues tournées en province.
En 1887, elle sollicite les Palmes académiques, expliquant que cette distinction l’aiderait dans ses représentations à l’étranger. Sa fin de vie s’éloigne du tumulte parisien : elle meurt le 15 août 1891 à Mustapha, quartier d’Alger, où son second mari dirigeait un musée.
Son pseudonyme, Agar, choisi en hommage à la figure biblique d’Agar, résonne avec l’ambiguïté de son destin. Longtemps, les représentations religieuses firent d’Agar une figure de pécheresse, symbole d’une maternité illégitime opposée à l’idéal chrétien incarné par Sarah. Mais à partir du XVIIe siècle, notamment dans les Provinces-Unies protestantes, le regard change : on redécouvre une femme digne de compassion, marquée par l’exil et les épreuves. Une lecture dans laquelle la vie de Marie-Léonide Charvin semble faire écho.

Emile et Flore Rossignol
En 1883, Léonide Charvin a des dettes, et ses biens sont hypothéqués. Parmi les débiteurs, se trouve un distillateur de Lille, Emile-Joseph Rossignol, qui reprend la villa appelée alors « Chalet du Nord », bâtie sur un ancien corps de garde, et en fait une maison de vacances.
Il démolit en partie l'ancien corps de garde (?) et l’agrandit en 1886.
Par acte notarié il rachète une petite parcelle devant la maison (158 m2) (concession du Préfet en 1892).
Emile-Joseph Rossignol est né à Lille le 10 mai 1819. Il a épousé Flore-Rosalie Lefebvre (1818-1903) en 1845. Il décèdera à Lille en 1903.
Photo Geneanet

1892
Le port de Wimereux est progressivement ensablé et abandonné.
Photo prise de la rive gauche du Wimereux, près de la villa, par Jules Girard en 1892
Source : Gallica

Jean-Charles Cazin
Ce tableau de Jean-Charles Cazin montre le port ensablé avec en arrière plan la dune du front de mer, et le fort de Croÿ aujourd’hui disparu. Cazin écit :
"Le Sujet si simple m’avait en même temps frappé par les souvenirs qui s’y rattachent. C’est en effet dans le port de Wimereux, maintenant abandonné, qu’était dès 1804 la flotille qui devait transporter sur la côte anglaise tout le corps de débarquement. De grands projets il ne reste que du sable et quelques traces que la nature effacera bientôt, laissant un coin pittoresque que j’ai tâché de rendre" (Lettre de Cazin à Desfossés, 13 oct. 1896)
Jean-Charles Cazin (1840–1901) - Ruines de l'ancien port de Wimereux - Musée des Beaux-arts Reims

Auguste-Antoine Rossignol
Emile Rossignol était fabricant de liqueur et de sirop. Il aura 8 enfants et son fils Auguste-Antoine Rossignol (1851-1916) héritera de la villa.
Marié avec Agathe Lefebvre, Auguste-Antoine aura 5 enfants, et c’est son fils cadet, Jean-Gabriel Rossignol (1894-1957), qui reprendra la maison dans sa part d’héritage.
Il est courtier en valeurs mobilières en région parisienne. Il aura 9 filles avec ses deux épouses Jeanne Eycken (1891-1929) et Marguerite Picot (1900-1986) .

1939-1945
Pendant la deuxième guerre mondiale, dès 1941, la villa « Les Oiseaux », mais aussi la villa « Les Mauriciens » sont réquisitionnées par les allemands pour y loger les officiers en charge des vedettes rapides de Boulogne « Schnellboot ».
Des inscriptions en allemand subsistent dans la cave de la villa « Les Oiseaux ». Il semblerait que ces officiers donnaient parfois des concerts de piano sur l’esplanade, devant la maison
Photo : mémoire d’opale

Famille Burie
La troisième génération conserve encore la maison 20 ans après la mort de Jean-Gabriel (mort le 17 septembre 1957) et y passe de bonnes vacances entre cousins, comme nous l’a raconté une des petites filles revenue sur place dernièrement. Elle est alors succinctement meublée.
Sa dernière femme, Madame Marguerite Rossignol Picaut est usufruitière.
Les filles de Madame Jean-Gabriel Rossignol venderont la maison en décembre 1971.
Monsieur Gérard-Charles-Henri Burie (1910-1988) et Madame, née Denise Georgette Haviez, qui se sont mariés à Wimereux en 1938, achètent la maison en décembre 1971. Gérard Burie est né à Bailleul le 4 novembre 1910. Fils d’un fabricant de toiles, il était banquier à St Omer. Il remettra la villa en état et la conservera pendant 17 ans.
Le 9 juin 1989, la villa est vendue à la famille PETRIE-VOGAN, un couple d’anglais. M. Petrie travaillait en Allemagne comme ingénieur informaticien. Il rejoignait sa famille le week-end. Ils avaient 4 enfants et Madame Petrie donnait des cours aux cadets, chez elle, l’aînée ayant eu une mauvaise expérience à l’école publique.
La famille Petrie-Vogan vendra la villa le 24 août 1996. La maison est alors en mauvais état ; tout est à refaire, électricité, plomberie, isolation. Monsieur et Madame Philippe Randon et leurs 4 enfants mettront plus d’un an à faire effectuer ces travaux. Ils ont rendu à cette jolie maison son charme d'antan.
Photo : Carte postale, photo avant 1905. La villa apparait tout à gauche de l'image derrière le pont. Miramar construite en 1905 ne figure pas.

Aujourd'hui
Derrière un muret et un petit jardin pentu, cette jolie villa affiche un parfait équilibre architectural.
Un magnifique bow-window occupe les trois quart de la façade, offrant à cette maison une vue sur le Wimereux et sur la mer. Il est surmonté d’une jolie balustrade.
Elle pourrait être considérée comme une maison bel-étage, puisqu’aucune pièce à vivre ne se trouve au rez-de-chaussée.
Une décoration très simple, art déco, agrémente le soubassement de la maison. Ce qui ferait penser à une modification de la décoration au début du 20e.
Trois lucarnes jacobines, à bâtières (ou à deux pans), percent le toit à la Mansart.
La façade côté mer est couverte de tuiles pour protéger la villa des vents dominants.
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