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John McCrae
30/11/1872 - 28/01/1918
25/09/2023 : Inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO
du Communal Cemetery of Wimereux
Accès : 9 rue Jean Moulin
John McCrae, soldat, médecin et poète à Wimereux durant la Première Guerre mondiale
À Wimereux, John McCrae incarne la figure rare du soignant témoin. Médecin militaire canadien engagé dès 1914 dans la Première Guerre mondiale, il officie au plus près du front, confronté chaque jour à l’afflux de blessés. Dans cet environnement de chaos et de perte, il trouve pourtant les mots pour dire l’indicible. Son poème In Flanders Fields, écrit après la mort d’un camarade, devient l’un des textes les plus emblématiques du souvenir et du sacrifice. Épuisé par les années de guerre, il est affecté à Wimereux, où il continue de soigner jusqu’à ses dernières forces. Il y meurt en 1918 et repose aujourd’hui au cimetière communal de la ville, laissant une empreinte durable dans la mémoire des lieux.

John McCrae nait le 30 novembre 1872 à Guelph au canada dans la province de l'Ontario. Sa maison natale construite en 1858 est située au 108 Water Street. Elle est aujourd’hui un musée et « un lieu historique national du Canada » depuis 1966.

Portrait de John McCrae vers 1875. Il a alors 3 ans. Portrait noir et blanc, format carte de visite, réalisé en studio. Au verso, inscription manuscrite au crayon : « John McCrae ». Au bas de l’image : mention imprimée : « W. Marshall, photographe, Guelph ». Sous la photographie, dans l’album, inscription manuscrite : « Jack ».
Avec l'aimable autorisation des musées de Guelph, Maison McCrae, M1991.9.1.48

John McCrae avait un frère aîné, Thomas, né en 1870 (il sera aussi médecin), et une soeur Geills née en 1876. Ses grand- parents étaient des émigrants écossais « dont les solides valeurs et la foi presbytérienne s’étaient transmises de génération en génération ».
Son père, David McCrae (1845-1930), fermier, éleveur de bétails et lieutenant-colonel dans la milice, lui avait donné le goût de la vie militaire, sa mère, Janet Simpson Eckforf, fille d’un Pasteur écossais, cultivée et instruite, lui donnera quant à elle, le goût des mots.

Il obtint son diplôme de médecine en 1898, mais il suivit également une formation d'artilleur. En 1887, il était déjà le cadet le mieux entraîné de la Milice de l’Ontario (De l’armée de terre).

Moins connu, John McCrae pratique également le dessin. Ses croquis, réalisés d’un trait sobre et précis, témoignent d’un regard attentif au monde qui l’entoure. Sans recherche d’effet ni ambition académique, il capte l’essentiel : une voile tendue, une ligne d’horizon, le mouvement discret de la mer. Cette pratique révèle aussi une sensibilité plus intime, tournée vers des scènes paisibles comme sur le dessin de la forêt ou celui de la « Norway House », relais pour le commerce de la fourrure situé sur le lac Winnipeg, dessiné lors de son expédition en 1910 en tant que médecin.

McCrae occupe le poste de pathologiste résident à l’HGM (Hopital Général de Montréal) de 1902 à 1904.
Il apparait sur la photo au premier rang 3eme à partir de la droite.
Source : Archives de l’Université McGill, PL006083

Photo sépia brillante montrant 14 médecins et une infirmière, tous en uniforme blanc, entourant un groupe de huit garçons assis à la clinique Alexandra. John McCrae, coiffé d'une casquette, se trouve tout à droite et regarde les enfants. Les 13 autres hommes sont des étudiants et les garçons, des patients. À l'arrière-plan, on aperçoit du matériel médical, notamment des lits d'hôpital. Une inscription indique : « Clinique de l'Alexandra ».
Avec l'aimable autorisation des musées de Guelph, Maison McCrae, M1968X.436.1

Extraits de son "book of pathology for students of medicine / by J. George Adami and John McCrae.
John George Adami
Date : 1914"

La guerre des Boers sera son baptême du feu en 1900. Il avait, en effet, estimé « qu’il était de son devoir de se battre pour son pays et pour l’Empire ».
Il servira en tant que Major dans l’artillerie de campagne et en reviendra assez amer au bout d’un an – « la dure réalité de ce conflit où il était question des mines d’or et de l’hégémonie de la Grande-Bretagne va, en effet, beaucoup l’affecter. Le jeu du soldat n’est pas ce qu’on prétend être », écrira-t-il.
Les troupes mourront du typhus, de la dysenterie, de malaria, d’épidémies de fièvre typhoïde…
John Mc Crae apparait au second rang en 2eme position en partant de la gauche

John McCrae est de nouveau engagé volontaire lors de la 1ère guerre mondiale.
En octobre 1914, il est nommé, cette fois, médecin-Major et commandant-adjoint de la 1ère brigade de l’artillerie royale canadienne.
Se trouvant, en mars 1915 près d’Ypres, il soignera, chaque jour, des centaines de blessés au milieu du feu et du sang.

« J’ai l’impression de vivre un cauchemar. Les combats sont horribles. Pendant 17 jours et 17 nuits, aucun d’entre nous n’a pu changer de vêtements, ni même enlever ses bottes, si ce n’est qu’à l’occasion. Pendant tout ce temps où je n’ai pas dormi, le bruit des fusils et des mitrailleuses n’a jamais cessé ; si ce n’est que durant 60 secondes (…) et comme toile de fond permanente, il y a la vue des morts, des blessés, des mutilés et la terrible angoisse que la ligne cède », écrit-il à sa mère (Prescott).
Le 22 avril, McCrae vit l’horreur de la seconde bataille d’Ypres au cours de laquelle les Allemands utilisèrent pour la première fois des gaz toxiques à grande échelle.
Le secteur d'Ypres, dont la ligne de front constitue un demi-cercle autour de la ville, a été l'un des plus sanglants du front occidental pendant la Grande Guerre avec plus de 600 000 morts. ( 500 000 morts en 1914 et 120 000 morts entre le 22 avril et 25 mai 1915)
Image : Le poste de secours avancé dit de « la Ferme d’Essex » au nord d’Ypres, le long du canal de l’Yperlée occupé par John McCrae
L’abri sera bétonné plus tard

Le 2 mai, l’un de ses meilleurs amis, le lieutenant Alexis Helmer est tué par un obus alors qu'il servait dans la 2e Batterie, 1re Brigade, d'artillerie de campagne canadienne.
Meurtri par ce décès, par l’horreur de la seconde bataille d’Ypres et souhaitant rendre hommage à ses compagnons d’armes, John McCrae écrivit alors le poème « In Flanders Fields ».

Paru dans le magazine londonien Punch le 8 décembre 1915, et traduit dans toutes les langues, le poème fera le tour du monde ; il apparut aussi sur d’immenses panneaux réclames pour faire la promotion des premières obligations de la victoire en 1917.
Plusieurs associations patriotiques américaines, canadiennes, australiennes et néo-zélandaises l’utilisèrent dès 1920.
Il sera également adopté par la Royal British Legion fondée en 1921 par le maréchal Haig – depuis lors, la campagne du coquelicot lui permet de soutenir les vétérans et leurs familles.
Deux femmes jouèrent également un grand rôle :
l’Américaine Moina Michaël qui, la première, utilisa des coquelicots en papier, ainsi que la Française Anna Guérin qui les divulgua, notamment aux Etats-Unis.
Dans les champs « écorchés », les coquelicots poussaient par milliers entre les croix…
Le coquelicot (poppy), sera désormais associé au sacrifice ultime et à celui du Souvenir, « afin que les soldats ne soient pas morts en vain ».

Chaque année, le 11 novembre, le Royaume-Uni ainsi que certains pays du commonwealth, observent une journée de recueillement en hommage au courage et aux sacrifices des hommes et des femmes qui ont servi dans les forces armées pendant les deux guerres mondiales et d'autres conflits.
Cette date commémore l'armistice qui mit fin à la Première Guerre mondiale en 1918, officiellement déclaré à la onzième heure du onzième jour du onzième mois.
Le Coquelicot est son symbole et "Lest we forget" sa devise.
Cette phrase vient d’un poème de Rudyard Kipling, intitulé Recessional (1897). Dans ce texte, Kipling met en garde l’Empire Britannique contre l’orgueil et l’oubli.
"Lest we forget" exprime un devoir actif de mémoire et peut se traduire par "de peur que nous n’oublions"

Après Ypres, John McCrae avait été promu au titre de lieutenant-colonel, chargé des services médicaux à l’hôpital général canadien n°3 à Camiers où une rue et une stèle portent désormais son nom.
En effet, peu après le début de la guerre, l'Université McGill créa l'Hôpital général canadien n° 3 pour servir en France. Le doyen de la Faculté de médecine, le colonel Birkett, en prit le commandement et recruta la majorité de son personnel parmi les étudiants. De nombreuses infirmières provenaient d'hôpitaux de Montréal.
Le 6 mai , la nouvelle unité embarqua pour la France à bord du SS Metagama . L'hôpital fut établi à Dannes-Camiers, dans le Pas-de-Calais, le 19 juin 1915, sous des tentes de fortune, avec un effectif de 35 officiers dont John McCrae, 73 infirmières et 190 sous-officiers et sous-officiers. La vie sous ces tentes, en ce mois de novembre froid et humide, fut rude : boue épaisse, tempêtes, gel et tentes qui s'effondraient.
En novembre 1915, après un automne exécrable, l'hôpital fut transféré dans des locaux plus confortables, au sein d'un collège jésuite partiellement détruit à Boulogne-sur-Mer.

En janvier 1916, l’hôpital avait donc été transféré dans les locaux du collège des Jésuites, 26 route de Calais à Boulogne-sur-Mer (Aujourd'hui le lycée St Joseph). Il fonctionnera jusqu’à la fin de la guerre.
Il reçut les malades et les blessés des combats de la Somme, de Vimy, de la bataille de Passenchendaele, et de celle d’Arras.
L’hôpital canadien n°3, créé par l’université Mc Gill à Montréal, était connu comme étant l’un des meilleurs hôpitaux des armées en France, à la pointe de la recherche, et de l’innovation.
Outre les milliers de soins, les médecins y réaliseront des avancées majeures dans le domaine de la traumatologie, ainsi que dans celui de la radiologie pour détecter les corps étrangers. Le chloroforme avait remplacé l’éther et la transfusion sanguine apparaissait comme « étant la meilleure chose ».
Des examens post-mortem seront, en outre, effectués, afin d’étudier les effets cliniques des gaz toxiques, etc
L'image montre la juxtaposition du camps sur la carte et la vue aérienne actuelle.

John McCrae avait, quant à lui, rédigé plusieurs rapports dont l’un concernait les pieds de tranchées : « Dans cette maladie, disait-il, les pieds sont couverts d’une éruption ou sont gonflés, bleu-rouge, chauds, prurigineux et douloureux – dans de nombreux cas ils sont fébriles ».
Les pieds des tranchées sont difficiles à traiter mais « il avait constaté un certain succès en enveloppant les pieds dans des linges chauds, en les baignant dans de l’eau chaude, puis en les traitant avec un astringent doux ».
McCrae avait aussi étudié le problème du paludisme et de la dysenterie.
En ce qui concerne « les cas nerveux avec irrégularité cardiaque… », il écrivait que « la guérison nécessitant un séjour plus long que ne le permettait un hôpital en France, les patients, après un traitement préliminaire, étaient donc évacués vers l’Angleterre ».

Il avait aussi constaté la prévalence des infections des voies respiratoires au cours de l’année 1916 mais sans pneumonie lobaire – « un diagnostic de broncho-pneumonie était posé lorsque la fièvre restait élevée et lorsque des stries de sang, du sang ou une couleur rose apparaissaient dans les expectorations », écrivait-il.
En conclusion de ses remarques sur les cas de maladies des voies respiratoires, McCrae avait observé que la guérison de nombreux patients semblait plus lente que d’habitude – l’explication, selon, lui, « tenait à l’absence de soleil dont le nord de la France avait été peu éclairé depuis l’été précédent, d’où l’idée de sortir les lits au soleil…»

Le 6 juillet 1917, l’hôpital avait reçu la visite de la reine Mary de Teck, l’épouse de George V, roi d’Angleterre et Empereur des Indes. A la même époque, John McCrae constatait le nombre croissant des victimes transportées à l’hôpital.

Il paraissait de plus en plus usé, physiquement et émotionnellement - les gaz, à Ypres et le séjour sous tentes à Camiers avaient aggravé les crises d’asthme dont il souffrait depuis son jeune âge.
Par ailleurs, son dernier poème « The anxious dead », (Le mort anxieux), n’avait pas reçu le même accueil que « Flanders Field » - trop « morbide, peut-être et donc inutile pour une propagande axée sur la victoire du surlendemain ».
Accompagné de Bonneau et de son cheval Bonfire qu’il avait ramené du Canada, il faisait alors de longues promenades dans la campagne environnante.

Le 24 janvier 1918, il avait été nommé consultant de la 1ère armée britannique avec le grade de colonel. Il était le premier Canadien à recevoir un tel honneur mais il n’aura pas le temps d’exercer cette fonction.
En effet, sa santé s’était dégradée, nécessitant des hospitalisations à plusieurs reprises dans différents établissements selon son dossier médical. Il avait déjà été hospitalisé à Wimereux le 14 novembre 1916 pour bronchite.
"on January 24, 1918, as Consulting Physician to the First British Army, with the rank of Colonel. He was the first Canadian doctor so honored. When he learned of this appointment, McCrae was ill in bed with what he diagnosed as “pneumonia.” He was transferred to the British General Hospital for Officers under the care of Sir Bertrand Dawson, who was King George’s physician. Although he appeared to improve, McCrae was anxious and declared that he “knew it was the end.” Cerebral meningitis was diagnosed 2 days later. He became progressively weaker and comatose and died at 1:30 am on January 28, 1918"

Réalisant que, malgré l'absence de signes physiques, le lieutenant-colonel McCrae était gravement malade, le colonel Elder ordonna aux infirmières Lilian Pidgeon et Mary Bliss de quitter leurs tâches habituelles pour agir comme infirmières spéciales de jour et de nuit.
En fait, d’après les annales thoraciques chirurgicales, « il souffrait d’une probable maladie pulmonaire obstructive chronique ».
Le 26 janvier, il contractait une pneumonie tandis que des symptômes d’irritation cérébrale étaient décelés. Il tombait ensuite rapidement dans le coma.

Le docteur Dawson décidera alors de le transférer de l’hôpital canadien de Boulogne à Wimereux, au Splendid Hôtel, qui était l’hôpital général britannique pour les officiers et les aviateurs.
Le 27 janvier, Dawson, accompagné du chirurgien Harvey Cushing (le créateur de la neurochirurgie) se rendit à son chevet. Ce fut là une des dernières visites que reçut John McCrae.

Il meurt d’une double pneumonie avec infection cérébrale massive le 28 janvier à l’âge de 45 ans.
Il est tout à fait plausible qu’il ait été l’une des premières victimes canadiennes de la pandémie historique de grippe espagnole.
L’avis de décès parait dans le Times de Londres le 4 février 1918.

Ses obsèques eurent lieu le lendemain au milieu des personnalités médicales et militaires et d’une foule immense, « démontrant l’estime et l’affection qu’il inspirait ».
Comme pour tous les soldats et les infirmières décédés dans les hôpitaux et les camps de Wimereux, John McCrae a été inhumé dans la partie sud-est du cimetière communal situé rue Jean Moulin, à 2 km du rivage.
Dès octobre 1914, la municipalité avait, en effet, considéré qu’il était de son devoir de céder, à l’armée anglaise, une parcelle de terrain gérée par le Commonwealth.
Toutes les nationalités de l’Empire britannique engagées dans la guerre y sont représentées : Anglais, Ecossais, Canadiens, Africains du Sud, Australiens, Néo-Zélandais…
Sur la photo de haut en bas : Images 1 et 2 départ du Splendid Hôtel ou GH4 + Image du bas : arrivée au cimetière municipal de Wimereux